Rurouni Area

Les chroniques du loup
"Un combat de plus, et pourtant si différent des autres " C'est une manière singulière
de commencer un journal, mais j'ai plus l'habitude de tremper mon sabre dans le sang de mes
ennemis que le pinceau dans l'encre.
Journal de Hajimé Saitô, an 4 de l'ère Keiô
Une fois de plus j'ai du faire appel à mon sabre; un groupe de dissident s'est opposé à une escouade commandée par moi et Soushi. Une bande de pleutre, sans aucun talent... Leurs sorts furent vite scellés, cependant ce combat pris une allure inattendue. Un jeune samurai sortit de nulle part prit la défense des quelques survivants qui n'avaient pas eu " l'occasion " de goûter à notre Ittô ryu. Cela ne manqua pas d'attiser l'intérêt d'Okita qui malgré sa santé, dégaina sa lame sans retenue.
La pression du sang dans sa gorge ne faisait cependant aucun doute, un tel effort pouvait être plus fatal encore que la lame de ce nouvel opposant. Je décida donc de prendre la relève, m'attardant peu sur son état de santé afin d'éviter de le blesser d'avantage.
Cet individu avait une aura particulière, un esprit combatif que je n'avais reconnu jusqu'à présent que dans le groupe shinsen. Les partisans de Chôshû n'étaient en général que des paysans ou des rônins sans grandes envergures mais, lui, semblait différent. J'aurais même juré avoir déjà ressenti sa présence dans l'enceinte de la ville. Sa présence, à moins que ce ne soit l'odeur de sang qui émanait de son sabre meurtrier.
L'espace d'un instant je pus percevoir un indice quant à l'identité de mon adversaire, un indice ou plutôt une preuve. Ce n'était pas n'importe quel Inshin shishi. C'était l'assassin avec la balafre en forme de croix : l'assassin à l'épée divine.
Je compris alors pourquoi Okita eu cet enthousiasme. Le combat fut lancé sans un mot, quelques échanges de coup pour tester nos forces respectives... Je vis même au loin quelques rebelles qui affrontaient nos guerriers et d'autres s'enfuir, profitant de ce garde du corps providentiel. Certains de mes hommes les prennent en chasse, Okita quant à lui observe le combat avec attention.
Après un dernier échange nous primes chacun la décision de finir l'affrontement et d'aider nos semblables. Un léger pas de recul me permis de préparer mon gatotsu. Cette variante du Hirazuki élaboré par le vice commandant n'avait connu jusqu'alors pas la moindre résistance et je comptais bien continuer dans ma lancée.
Battôsaï quant à lui pris une garde de iaïjutsu ou plutôt de battôjutsu si on s'en tenait à son surnom. Ces techniques avaient beau être impressionnantes en duel, je doutais grandement de leurs efficacités sur un champ de bataille. Comment pouvait on réaliser un coup nécessitant tant d'ampleur dans un espace réduit ? L'incident d'Ikeda-ya avait montré l'efficacité de notre école sur le nombre et sur l'exiguïté, je n'allais pas faillir, je ne devais pas faillir.
Heureusement pour lui, notre " arène " semblait offrir l'espace nécessaire à sa technique. Nos deux attaques respectives s'entrechoquèrent dans une pluie d'étincelles, changeant ainsi nos positions respectives. Ce maudit assassin en profita alors pour secourir les rebelles qui n'avaient pas pu fuir promptement et qui étaient pris en étau entre nos hommes. Je pris le parti de pourchasser les fuyards laissant à mes compagnons la tâche de le supprimer. Parmi les lâches, je trouva la personne d'un dignitaire, son sort fut cependant réglé sans tenir compte de son rang. De son côté Battôsaï avait vaincu à lui seul près d'une dizaine d'hommes. Okita encore sous le coup de la maladie n'avait rien pu faire pour le poursuivre. Cette nuit fut terrible pour les deux camps et pourtant j'en garde un souvenir mémorable.
Le rapport que l'on fit à Kondo ne l'intrigua pas le moins le moins du monde, il accordait très peu d'importance à cet individu, prétextant que ce n'était pas notre rôle, qu'on ne devait pas perdre notre temps avec un vulgaire assassin.
Cela me fit rire en mon for intérieur, il y a quelque temps ce même commandant m'avait confié une mission qui se rapprochait assez de la " chasse à l'assassin ". Bien sur le contexte était tout autre, c'était plus de chasse au traître dont il s'agissait. Un assassin du groupe s'était rendu coupable d'acte de trahison, Isami me chargea de lui apprendre le fondement de notre " Aku soku zan ".
Ce genre de mission me plaisait, il était en général plus intéressant de se battre contre un membre du groupe, bien entraîné, que contre un paysan a qui on avait donné une arme et une cause.
La proie en question était habile, elle échappait constamment à mon ombre, à l'ombre du loup.
Cette victoire en devenir m'exaltait, tout comme ma prochaine rencontre avec ce " battosaï ". Car prochaine rencontre il y aurait.
J'ai entendu des rumeurs sur le battosaï ces derniers temps. De nouveaux méfaits furent commis dans la capitale et la population lui accorda volontiers ce " décès ". Son palmarès, bien que déjà fort garni s'en trouvaient ainsi augmenté.
On me chargea finalement d'enquêter sur cette mort. La mort était en tout point remarquable. A n'en pas douter c'était une attaque de battojutsu qui était à l'origine de la mort de la victime. Mais chose étonnante, les deux parties du corps présentaient des symptômes de cautérisation...Comme si quelqu'un avait essayé de recoller les morceaux...
Décidément ce Battosaï était un cas fort intéressant, tantôt garde du corps, tantôt assassin. Katsura avait du trouver un chien bien docile. Mais que pouvait bien faire un chien contre un loup ?
Après de plus amples investigations, je finis par recouper une somme considérable d'informations sur ce mystérieux battôsaï. Apparemment, ce dernier à laisser tomber son rôle d'assassin au profit d'un poste de garde du corps. Cependant, les meurtres perpétrés par Chôshu laissaient auguré bien des similitudes entre les deux techniques, notamment la vitesse et la propreté du geste.
Comment puis-je déduire cela de quelques rumeurs et de restes humains ? Je ne sais pas trop comment l'expliquer, mais vu la manière dont était positionnée la victime, il semblerait que son meurtrier lui ai fait face, de plus, la rue dans laquelle on l'avait retrouvée ne laissait que très peu de caches. Le meurtrier avait donc dû attaquer après avoir couru une centaine de pas et avait sans doute profiter de l'élan pour armer son attaque de battô. Vu la distance, la victime aurait au moins eu le temps de saisir son arme... sauf si la vitesse de l'attaque dépassait la perception humaine. La cautérisation ou du moins ce qui s'en rapprochait pouvait peut être, être expliqué par une lame enflammée...Ce détail me laisse perplexe...
Il existait donc deux Battôsaï, l'un protégeait, l'autre détruisait. Etait-ce donc cela la machine de guerre employée par les patriotes ? Etait-ce ce genre de bienfait que la civilisation occidentale devait nous apporter ?
Le groupe shinsen est en pleine mutation ces derniers temps, sans doute est-ce dû à nos difficultés. Okita a à coeur de former correctement les nouvelles recrues. Ces dernières sont d'ailleurs grandement étonnées de la force de leur instructeur. Moi, je poursuis mes investigations sur la face obscure de Chôshu et ce malgré mes maux d'estomac...
Les nouvelles victimes de Battôsaï semblent ne plus tout à fait correspondre aux signalements originaux. Cela me laisse à penser que ce remplaçant n'est pas de la même école que son prédécesseur et ce, même s'il maîtrise des attaques de style battô.
L'ombre a toujours été propice aux assassins, mais c'est la première fois que l'un d'entre eux se tapis dans l'ombre d'un autre.
Ah, si seulement on m'avait confié cette enquête plus tôt, j'aurai sans doute pu sacrifier une ou deux de mes " chasses aux traîtres " pour des proies de cette qualité.
Sur la route du château d'Osaka, j'ai commencé à faire le point sur nos pertes. Depuis le début de la bataille, 30 des notre sont tombés. Parmi eux Genzaburo Kazushige, le capitaine de la 6e unité et le chef de l'espionnage Yamazaki Susumu.
Mes maux d'estomac seraient dus au saké selon le médecin de la troupe. Foutaise...Dommage que je ne sois plus autant présent sur le front, la donne serait différente. Foutu faiblesse...Je commence à me demander si cette enquête n'était pas un prétexte pour me préserver de certaines batailles...
Rien ne va plus chez les partisans du Shogun : Edo serait sur le point de tomber, les armes des patriotes déciment les hommes de Yoshinobu Tokugawa sans la moindre difficulté, notre unité vacille et comble de l'infortune l'empereur prend ses aises. Selon Kondô, la fin du Shinsengumi est proche. Cela fait à peine un mois que j'ai affronté le Battôsaï mais désormais tout est différent. Il n'est plus question de chasse aux traîtres ou à l'assassin mais plutôt de sauver ce qui peut encore l'être.
Nous allons sans doute nous rendre à Edo dans les jours qui viennent, nous allons montrer au monde comment meurent les samouraïs...
Fin
Auteur: Kéké